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Catégorie : Art, culture et société

musique

12 juillet 2016 Marc Mineau

Pour une chanson

Catégorie : Art, culture et société

De tout temps, pourrait-on dire sans trop se tromper, la chanson fait partie des us et coutumes du genre humain. Peu importe la culture à laquelle elle appartient, la chanson transmet une somme et une diversité édifiantes de messages. Elle rallie souvent les gens dans des lieux communs en s’inspirant du mode de vie, des aspirations, des espoirs ou des malheurs. Notre société québécoise n’échappe évidemment pas à cette réalité.

Au cours de la première décennie du XXIe siècle, la chanson québécoise a connu un essor important. Cela a été remarqué un peu partout sur la planète. Montréal se faufilait ainsi dans la mire des oreilles à l’affut de nouveaux horizons rythmiques et sonores. Arcade Fire, Karkwa, Malajube, The Dears, Les trois accords, Bran Van 3000, Loco Locass, Les cowboys fringants et plusieurs autres définissaient audacieusement de nouveaux paramètres musicaux.

Vers la fin de cette même décennie, et de façon plus affirmée dans la suivante, un phénomène a pris de l’importance. Des auteurs compositeurs francophones, en solo ou en groupe, adoptent des noms anglophones et chantent en anglais : Dead Obies, Loud Lary Ajust, Groenland, Milk and Bone, Dear Criminals, Bears of Legend, Pascale Picard, We are Wolves pour ne nommer que ceux-là.

Cette réalité croissante soulève plusieurs questions. La première, et la plus évidente, pourquoi des francophones composent-ils et chantent-ils en anglais, une langue seconde pour la plupart d’entre eux? Cherchent-ils à élargir leur public? Désirent-ils percer outre frontière? S’agit-il d’un phénomène associable à une forme d’assimilation? Est-ce plutôt une forme d’infiltration, d’usurpation ou un cheval de Troie? Désire-t-on se mesurer à l’autre ou à plus grand que soi?

Mais, somme toute, ces questions ont une importance relative. Pour un auteur, la langue constitue un matériau qui donne forme à son expression artistique. Pour un compositeur, les sons, les rythmes, les tonalités et les silences sont aussi des matériaux qui jouent le même rôle. La chanson réunit ces deux aspects. Les mots sont musicaux et porteurs de sens; la musique le souligne et l’affirme.

Ici, dans notre pays québécois, nous vivons majoritairement dans un espace culturel francophone fortement exposé au métissage linguistique (d’ailleurs cela est plus vrai pour les francophones que pour les anglophones). L’omniprésence de la culture anglophone est un fait duquel nous pouvons tirer des avantages. Comme peuple nous avons la responsabilité d’être et d’affirmer qui nous sommes. Le faire dans une autre langue n’altère pas cette affirmation. Elle fait plutôt figure d’ouverture.

 

source photo : Shutterstock

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À propos de l'auteur

Marc Mineau

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