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Catégorie : Art, culture et société

Le Marché | Sorel-Tracy & Cie

14 juin 2016 Marc Mineau

Retournons un peu en arrière

Catégorie : Art, culture et société

Au début des années 70, le maire de Sorel, M. Luc Poupart, souhaitait doter sa ville d’un monument aux travailleurs. Afin d’y parvenir, les artistes de la région furent invités à soumettre une maquette en guise de projet. Suite à une sélection via un comité composé de je ne sais qui, c’est la proposition d’un enseignant en arts plastiques qui fut retenue. L’œuvre de Marcel Larochelle allait ainsi voir le jour.

À cette époque je connaissais un peu Marcel Larochelle, mais sans plus. J’étais impliqué dans la production d’un spectacle de danse contemporaine intitulé « Entre parallèles ». Mon rôle consistait à réaliser le décor et le programme de la soirée. Un matin, alors que la troupe répétait à l’École secondaire Bernard-Gariépy, j’ai rencontré Marcel Larochelle dans un corridor. Il était à la recherche d’une personne pour l’aider à tenir les petits morceaux de métal qu’il lui fallait souder à trois petits cylindres verticaux. Je me suis porté volontaire. C’est ce matin-là qu’il a achevé la maquette qu’il soumettrait dans les jours à venir.

Une année plus tard, j’ai eu l’occasion de l’assister durant une semaine à la réalisation de son projet de sculpture en acier inoxydable. Installée dans un bassin d’eau aux abords du pont Turcotte, elle y est demeurée durant près de vingt ans.

En 1994, j’ai été engagé par la Ville de Sorel afin de donner vie au Centre d’interprétation du patrimoine de Sorel. Un samedi matin, quelques jours avant ma première journée de travail, j’arrive au centre-ville et je constate que la sculpture monumentale n’était plus en place. Un administrateur municipal avait jugé que c’en était assez. Subito presto, l’œuvre avait été taillée en pièces et transportée aux Aciers Atlas pour qu’elle soit fondue.

Ce matin-là j’ai eu le moral à plat. Je venais d’accepter un emploi destiné à valoriser le patrimoine régional. Comment assumer une telle responsabilité au sein d’une municipalité qui, mani militari, pouvait détruire illégalement une œuvre d’art publique qui, par surcroît, constituait un legs provenant d’un de ses maires ?

L’idée de refuser cet emploi m’a habité durant plusieurs jours. Je l’ai pourtant accepté et je l’occupe toujours après plus de vingt ans. Pourquoi ? Parce que j’ai réalisé l’ampleur et la nécessité de cette tâche. C’est là que j’ai compris à quel point le patrimoine était fragile et précaire, qu’il soit en pierre, en brique ou en acier inoxydable.

Marc Mineau

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Marc Mineau

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