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Catégorie : Foodies

Audrey traiteur Celine maman

24 mars 2019 Audrey Gendron

Ma mère en cinémascope

Catégorie : Foodies

Préambule

Selon mon plan de match initial, j’avais prévu publier cette chronique autour de la fête des Mères, au mois de mai. Ce faisant, je voulais honorer le travail des courageuses mères monoparentales qui travaillent corps et âme afin de boucler leur fin de mois et subvenir aux besoins de leur famille. Mais entre-temps, il y a eu l’incendie du Saint-Thomas. Avant-gardiste, le Saint-Thomas avait 1001 bières. Son style bistro : inspirant. À bien y penser, je me suis rendu compte après ce week-end qu’il y avait davantage à dire sur l’époque où ma mère travaillait dans la restauration.

Pour moi, le Café Saint-Thomas avait une âme. C’était un vrai monument comme dirait l’autre. C’était un exemple, un axe central, une étoile autour de laquelle tournent les autres planètes! Mon père, comme bien des pères, avait un bock à son nom au Saint-Thomas. Bien qu’il nous ait quittés il y a un moment déjà, dans mon cœur d’enfant, j’aimais croire que mon père y était encore, tranquillement assis devant sa bière. Avec la disparition du Saint-Thomas disparait un petit quelque chose de lui dans le cœur encore crédule de la fille à papa. Y’a pas à dire, je suis attristée par cet événement. Le devenir du centre-ville est important pour moi. Mes racines sont ici. Je travaille dans ce centre-ville et j’en suis heureuse. Je suis fière que mon père ait festoyé au centre-ville de Sorel, que mon grand-père Lamothe y ait eu un commerce, et que ma mère y ait usé les tuiles des planchers des restaurants suite aux nombreuses heures qu’elle a dû y travailler.
Mais, diront les mauvaises langues, le centre-ville de Sorel, ce n’est vraiment pas grand-chose. Qu’à cela ne tienne, peut-être que ce n’est pas grand-chose, mais c’est à nous. C’est à nous et ça nous représente. Ce centre-ville nous identifie, nous relie. Il nous ressemble et nous rassemble.

1re partie – Le restaurant Lambert
Parmi les premiers souvenirs que j’ai de la restauration, il y a ceux du restaurant Lambert, où travaillait ma mère, Céline, quand je n’étais encore qu’une enfant. Si je me ferme les yeux, je la revois, au fond de la salle, préparant les déjeuners en attendant le chef, M. Gendron. Je me souviens de l’atmosphère du restaurant bondé de monde, et je peux presque sentir l’arôme de la tarte au citron posée sur le comptoir. Il y a quelque chose de si réconfortant à se rappeler les odeurs de notre enfance. Je me rappelle aussi les assiettes de foie et de rosbif qui étaient servies au souper. Et je repense au Jell-O qu’on me servait pour me tenir tranquille.

C’est pendant douze années que ma mère a usé le plancher du restaurant Lambert, et c’est grâce à cet emploi que nous avions un toit sur la tête. À seulement 21 ans, avec deux enfants en bas âge, la vie ne devait pas être de tout repos. Mais ma mère aimait son travail. Les clients le reconnaissaient et l’appréciaient, tout comme son employeur. En douze années de service, il est juste de croire que cet emploi a apporté à ma mère un peu plus qu’un salaire, car la restauration l’a accompagné dans ce passage de jeune mère à celle d’une femme accomplie. Et à travers toutes les responsabilités qui incombent aux mères d’une jeune famille, ma mère en est ressortie plus fière et, en quelque sorte, plus libre. C’est pourquoi je trouve ma mère si belle. Ce n’est pas l’artifice de ses vêtements qui la rend belle, mais elle est belle en ce qu’elle semble toujours être à la bonne place, au bon moment, toujours en harmonie avec la vie.

Par la suite, dans les années 80, ma mère a suivi un cours d’hôtellerie à l’école Bernard-Gariépy. Et pour changer d’air, elle quitta le restaurant Lambert pour le bar La Baguette. Je pense que c’était une mauvaise idée. Bien sûr, ce nouvel environnement lui a permis d’acquérir une nouvelle expérience de travail. Par contre, il faut dire que l’ambiance et les horaires de travail étaient, pour être poli, moyens. C’est pourquoi, après deux ans, elle retourna travailler au restaurant Lambert.

2e partie – Le restaurant L’aquarelle
Voilà à peu près comment Roger a convaincu ma mère de travailler dans une taverne :
- Céline, viens travailler à la taverne!
- Es-tu fou? Voyons donc! À la taverne? Tu n’es pas sérieux…
- J’te dis, c’est ta place.

Simple comme bonjour! Pendant trois belles années, ma mère a travaillé à la taverne Les Copains. Après ces trois années, elle a travaillé au restaurant L’aquarelle. Je travaillais également dans ce restaurant : j’étais commis au vestiaire. J’avais 16 ans. Si je me souviens bien, Michèle, la femme du propriétaire, que tout le monde connait à Sorel, tenait le restaurant à bout de bras, et elle traitait ses clients aux petits soins. Chef Fabien, un chef qui mérite le respect, a su offrir à ses clients, durant plusieurs années, un menu qu’il maitrisait avec brio. C’était à la fois bon, goûteux et simple. Bravo! Partager ma cuisine avec ce chef a été un privilège. Merci la restauration!

Je repense à cette époque, et je revois ma mère rire aux éclats avec France. Je les vois toutes deux bien accotées sur la passe de la cuisine. Même dans les moments les plus achalandés, elles semblaient toujours en contrôle. Je revois ma mère dans le restaurant, droite, fière, souriante, les yeux pleins d’étoiles. Elle est belle et heureuse. Enfin, c’est au restaurant L’aquarelle que ma mère a raccroché son tablier de serveuse pour changer définitivement de vocation professionnelle. Mais, si l’on peut sortir de la restauration, son empreinte marque nos cœurs à jamais.
Maman, je t’aime.

Ce soir, au menu, l’assiette du pécheur :
- crevettes à l’ail
- sole à la poêle
- moules marinières
- huîtres Blue Point
- le tout servi avec du pain crouté.
https://odessapoissonnier.com

Vin :
- Château Thébaud, Château de l’Aulnaye, 2012, France, Vallée de la Loire
Vin blanc, appellation d’origine : Muscadet
Code SAQ : 12588614

Source photo : SAQ.com


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À propos de l'auteur

Audrey Gendron

Toujours à l’affût de découvertes gastronomiques, ma passion pour les délices de la table m’…

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